L'image d'une personne renvoyée par le web : le bon terme
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L'image d'une personne renvoyée par le web : le bon terme

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L’image d’une personne renvoyée par le web porte un nom précis : l’e-réputation, aussi appelée réputation numérique. Elle rassemble tout ce qu’un moteur de recherche, un réseau social ou un site d’avis affiche à propos de quelqu’un, sans que cette personne l’ait choisi ni validé. Elle existe même pour ceux qui ne publient rien.

Ce terme circule beaucoup et se confond souvent avec deux voisins. La distinction mérite d’être posée, parce qu’elle change ce qu’il est possible de faire quand une recherche sur votre nom déplaît.

E-réputation, identité numérique, image de marque : trois mots pour trois réalités

Ces expressions sont utilisées comme des synonymes dans la conversation courante. Elles ne recouvrent pourtant pas le même objet, et les confondre conduit à s’attaquer au mauvais problème.

L’identité numérique : les traces

L’identité numérique désigne l’ensemble des éléments qui permettent de vous identifier en ligne : nom et prénom, photographie de profil, adresse électronique, comptes ouverts sur des plateformes, publications, commentaires, mentions dans un article de presse locale, inscription à un registre professionnel. Ce sont des données brutes. Vous en produisez une partie volontairement ; le reste est déposé par d’autres.

L’e-réputation : le jugement

L’e-réputation est ce que ces traces provoquent chez celui qui les consulte. Un même dossier de données peut inspirer confiance ou méfiance selon l’ordre dans lequel il apparaît, le ton des contenus qui le composent et l’ancienneté des informations affichées. C’est une perception, donc quelque chose que vous influencez sans jamais le contrôler.

L’image de marque : l’entreprise, pas la personne

L’image de marque concerne une structure commerciale, son logo, ses promesses, son positionnement. Dans une TPE, la frontière avec l’e-réputation du dirigeant devient poreuse : chercher le nom d’un artisan ramène sa société, et chercher sa société ramène son nom. Cette porosité constitue à la fois un risque et un levier, comme le montre notre article sur l’usage utile des réseaux sociaux pour une TPE.

Écran d’ordinateur affichant une page de résultats de recherche floutée

Ce qui compose l’image d’une personne renvoyée par le web

Une recherche sur un nom propre agrège des sources hétérogènes que personne n’a coordonnées. Pour un dirigeant de petite entreprise, les briques habituelles sont les suivantes :

  • les résultats affichés par les moteurs sur la première page, seule zone réellement consultée ;
  • la fiche d’établissement et ses avis, souvent le premier bloc visible sur téléphone ;
  • les profils de réseaux sociaux, y compris ceux ouverts il y a quinze ans et oubliés ;
  • les annuaires professionnels et les bases publiques d’immatriculation ;
  • les mentions dans la presse locale, les bulletins municipaux, les comptes rendus d’association ;
  • les forums et groupes de discussion, où un nom circule sans que l’intéressé en soit averti ;
  • les contenus publiés par des tiers : photographies de chantier, remerciements, plaintes.

Trois caractéristiques rendent cet ensemble difficile à piloter. Il est cumulatif : rien ne disparaît spontanément. Il est asymétrique : un incident isolé pèse plus lourd que dix témoignages neutres. Il est enfin durable, parce que les moteurs conservent longtemps des pages que leurs auteurs ont cessé de mettre à jour.

Le volume des démarches engagées pour corriger ces traces donne la mesure du sujet. Selon le rapport de transparence de Google, la France figure parmi les pays européens les plus demandeurs depuis l’ouverture de la procédure en 2014, avec plus de 140 000 demandes portant sur près de 500 000 adresses de pages, et un peu moins de la moitié des adresses effectivement retirées.

Pourquoi cette image pèse lourd pour une petite entreprise

Un client qui hésite entre deux couvreurs tape leurs noms. Un banquier qui instruit un dossier fait la même chose. Un futur salarié aussi. La recherche nominative est devenue un réflexe de vérification préalable, gratuit et instantané.

L’effet joue dans les deux sens, et le sens négatif domine en intensité. Une absence totale de résultats intrigue ; un résultat contradictoire inquiète ; un litige ancien remonté en tête de page annule des années de bouche-à-oreille favorable. Sur ce point, les avis publiés en ligne concentrent l’essentiel des tensions. La DGCCRF a déployé en septembre 2023 un outil d’analyse baptisé Polygraphe, destiné à repérer les schémas de publication suspects, et plus de 1 200 établissements ont été contrôlés depuis l’été 2023 dans ce cadre.

Le cadre légal encadre d’ailleurs ces avis. L’article L111-7-2 du Code de la consommation impose à toute personne qui collecte, modère ou diffuse des avis de consommateurs de délivrer une information loyale, claire et transparente : contrôle ou non des avis, date, critères de classement, contreparties éventuelles, motifs de rejet communiqués à l’auteur. La norme NF ISO 20488 propose un référentiel de bonnes pratiques, sans caractère obligatoire.

Artisan consultant les avis clients de son entreprise sur un téléphone dans son atelier

Les recours réels quand l’image est fausse ou nuisible

Beaucoup de dirigeants croient disposer d’un droit général à faire disparaître ce qui leur déplaît. Ce droit n’existe pas. Trois mécanismes précis existent en revanche, chacun avec son périmètre.

Le droit au déréférencement

Consacré par la Cour de justice de l’Union européenne dans son arrêt du 13 mai 2014 (affaire C-131/12, dite Google Spain), il autorise une personne physique à demander à un moteur de recherche de retirer certains liens affichés lors d’une recherche sur ses nom et prénom. La CNIL insiste sur un point que beaucoup ignorent : le déréférencement ne supprime pas le contenu, qui reste accessible en se rendant directement sur le site d’origine.

La démarche s’effectue par les formulaires en ligne des moteurs, en précisant l’adresse exacte de chaque page visée et les motifs invoqués. En cas de refus ou de silence, la CNIL peut être saisie. Elle rappelle par ailleurs que le droit à l’effacement, inscrit à l’article 17 du RGPD, constitue l’un des droits les plus exercés : il représentait 37 % des plaintes reçues en 2024, année record avec 17 772 plaintes.

Le signalement à l’hébergeur

Un contenu manifestement illicite peut être signalé à l’hébergeur du site qui le diffuse. Cette voie, indépendante du déréférencement, vise la suppression réelle de la page. Elle suppose de qualifier précisément l’illicéité, ce qu’un simple désaccord ne suffit pas à établir.

En pratique, la qualification décide de tout. Une critique désagréable sur la qualité d’une prestation relève de la liberté d’expression et reste en ligne. Une accusation de fait précis et vérifiable, formulée sans preuve, bascule dans un autre registre juridique. Un avis rédigé par une personne qui n’a jamais été cliente pose encore une question différente. Faire trier ces cas par un juriste avant d’écrire au diffuseur évite une lettre inutile, et surtout la contre-attaque publique qui suit souvent une demande maladroite.

L’usurpation d’identité numérique

Un faux profil, un compte ouvert à votre nom, une adresse électronique imitant la vôtre relèvent de l’article 226-4-1 du Code pénal, introduit par la loi du 14 mars 2011 dite LOPPSI 2. Le texte punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende l’usurpation de l’identité d’un tiers ou l’usage de données permettant de l’identifier, en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur. Les mêmes peines s’appliquent lorsque les faits sont commis sur un réseau de communication au public en ligne.

Surveiller, puis construire : la routine tenable pour une TPE

Bureau avec carnet de notes, stylo et écran affichant une liste de résultats de recherche

Corriger coûte cher, surveiller ne coûte presque rien. La séquence utile tient en quelques gestes répétables.

  1. Cherchez votre nom, celui de votre entreprise et les variantes orthographiques probables, en navigation privée, sur les deux premières pages.
  2. Notez ce qui apparaît, dans l’ordre, avec la date de chaque contenu. Ce relevé devient votre point de comparaison.
  3. Créez une alerte gratuite sur votre nom et celui de votre société pour être prévenu des nouvelles publications.
  4. Réclamez et complétez votre fiche d’établissement : catégorie exacte, horaires réels, photographies récentes.
  5. Répondez aux avis, y compris défavorables, sobrement et sans polémique. Une réponse mesurée protège mieux qu’un avis retiré.
  6. Publiez régulièrement des contenus que vous maîtrisez, sur un site dont vous êtes propriétaire.

Deux erreurs reviennent constamment dans ce travail de surveillance. La première consiste à chercher votre nom depuis un navigateur où vous restez connecté à votre propre compte : les résultats affichés sont personnalisés et ne ressemblent pas à ceux que voit un prospect. La seconde consiste à ne regarder que la version ordinateur, alors que la majorité des recherches nominatives se font depuis un téléphone, où la fiche d’établissement et ses avis occupent parfois tout le premier écran.

Ce dernier point produit l’effet le plus durable. Occuper soi-même les premiers résultats sur son propre nom déplace mécaniquement les contenus subis vers le bas, sans procédure ni avocat. Un site bien structuré, alimenté, techniquement propre remplit ce rôle beaucoup mieux qu’un profil hébergé sur une plateforme dont vous ne décidez rien. Les principes concrets sont détaillés dans notre tour d’horizon des bonnes pratiques du référencement naturel, et le choix de la solution technique se prépare en amont, comme l’explique notre comparatif entre faire son site soi-même ou passer par un professionnel.

Une réserve honnête s’impose. Aucun prestataire ne peut garantir la disparition d’un résultat ni sa position exacte, pas plus qu’il ne commande le classement d’une page. Les agences sérieuses le disent, et cette franchise fait partie des critères de sélection évoqués dans notre guide pour choisir une agence web en Vendée. Méfiez-vous des offres de nettoyage promettant un effacement total sous quinze jours.

Prochaine étape concrète : consacrez trente minutes cette semaine au relevé de vos dix premiers résultats, puis reprenez le même exercice dans trois mois. L’écart entre les deux relevés vous dira, sans dépenser un euro, si votre image en ligne se construit ou se dégrade.